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Docteur Joël MIRBEY

Tél : 03.80.30.26.03


Docteur Frédéric GIVRY

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Lésions ligamentaires du genou

Définition

L'articulation du genou est constituée de ligaments latéraux et centraux dits "'croisés". Les ligaments latéraux bien vascularisés posent assez peu de problèmes de cicatrisation lorsqu'ils sont impliqués dans un mécanisme d'entorse.

 

Malheureusement, il en va différemment des ligaments croisés, particulièrement du ligament croisé antérieur pour lequel la rupture prend chez l'adulte un caractère définitif avec des conséquences mécaniques stéréotypées pour la cinématique de l'articulation du genou.

 

Les ligaments croisés ont une position centrale dans l'articulation du genou. Ils unissent le tibia en bas à la partie postérieure de l'échancrure intercondylienne du fémur en haut. Leur orientation inverse leur a valu le nom de ligaments croisés par les premiers anatomistes qui en ont fait la description. Le ligament croisé antérieur ( LCA) est le plus antérieur. Le ligament croisé postérieur (LCP) est situé plus en arrière.

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Schéma d'une articulation de genou

 

Source : http://www.arthrosedugenou.com

Anatomie des lésions ligamentaires du genou

Constitués de fibres élastiques très résistantes, les ligaments croisés ont un rôle de stabilisation de l'articulation du genou notamment dans le plan sagittal (antéro-postérieur) et , selon l'axe de rotation de la jambe vis-à-vis du fémur.

 

La vascularisation du ligament croisé antérieur est précaire. La situation dans l'articulation explique qu'en cas de sollicitation mécanique c'est souvent la loi du "tout ou rien". Le ligament se rompt totalement, les ruptures partielles étant malheureusement exceptionnelles.

 

La rupture du ligament croisé antérieur va occasionner un excès de mobilité antérieure du tibia par rapport au fémur associé à une amplification de la rotation du genou selon l'axe de la jambe (hypermobilité du compartiment externe).

 

Il est aisé d'imaginer que cette situation va induire une répartition nouvelle des contraintes mécaniques sur des zones pour lesquelles le genou n'est pas préparé. Aux contraintes mécaniques en rapport avec le poids du corps s'ajoutent celles induites par l'énergie cinétique du mouvement et plus encore dans la pratique sportive.

 

Un autre facteur mécanique statique devra être pris en considération. Il s'agit de l'axe global du membre inférieur. Ainsi, en cas de morphotype en genu varum (genoux écartés lorsque les chevilles sont en contact) les pressions exercées sur la moitié interne du genou, naturellement plus importantes seront amplifiées par la rupture du ligament croisé antérieur. Dans ce cas, et même en l'absence d'activités sportives intenses, les sollicitations de la vie quotidienne telles que la marche et la station verticale prolongée exposeront le genou à une atteinte cartilagineuse interne.

 

Une atteinte ligamentaire isolée initialement se compliquera de lésions méniscales puis cartilagineuses. La poursuite de certaines activités sportives exposera à des récidives d'entorses propres à accélérer les atteintes anatomiques sus-citées et donc le processus arthrosique.

 

La rupture du ligament croisé postérieur ( LCP) aboutit au recul de l'extrémité supérieure du tibia vis-à-vis du fémur ainsi qu'à une déstabilisation axiale mais dans une moindre mesure qu'en cas de rupture du LCA.

 

Les caractéristiques anatomiques du LCP expliquent que les ruptures de ce ligament (beaucoup plus rares que celles du LCA) justifient rarement d'avoir recours à une solution chirurgicale.

 

Le caractère quasi constant des ruptures complètes explique que, dès lors qu'une lésion est présente, l'articulation sera le siège d'une modification définitive dans la répartition des contraintes mécaniques à absorber.

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Vue endoscopique : ligament croisé antérieur sain

Évolution anatomique des lésions ligamentaire du genou

Cette dernière est prévisible à l'analyse des éléments anatomiques rappelés ci-dessus. L'évolution ultime sera la décompensation arthrosique du genou.

 

Cette évolution dépendra de la fréquence et de l'intensité des épisodes d'instabilité auxquels le genou sera soumis particulièrement dans le cadre de certaines activités sportives. Le mouvement nocif pour le genou est aussi celui qui a généré la rupture du LCA. Appelé VFE ( valgus, flexion, rotation externe), il combine une flexion de l'articulation, une rotation externe de la jambe et un décalage du genou vers l'intérieur par rapport à l'axe hanche – cheville.

 

La poursuite des activités sportives susceptibles de reproduire en appui unipodal les mouvements néfastes (VFE) induira des sensations de reproduction de l'instabilité qualifiée de "nouvelles entorses".

 

Les changements de direction brusques avec mouvements de pivot en appui sur le membre blessé aboutiront à l'accélération des lésions évoquées au chapitre anatomique et à en créer de nouvelles ( distension des ligaments latéraux et des structures capsulaires périphériques à l'origine de la laxité chronique).

 

Il est classique de dire que les lésions évoluent en "taches d'huile" et dans cette logique l'appareil méniscal sera souvent atteint. Il est judicieux de conseiller aux patients souffrant de rupture du ligament croisé antérieur et qui n'ont pas fait le choix d'un traitement chirurgical, de s'orienter vers des activités sportives éliminant les mouvements potentiels de VFE ( course à pied sur terrain stabilisé, bicyclette).

Étiologie des lésions ligamentaires du genou

  • L'âge du patient lors du traumatisme initial.

Plus le patient est jeune lorsque la rupture du ligament croisé antérieur intervient, plus le potentiel dégénératif est important (souffrance chronique du genou).

 

  • Le poids du patient .

L'excès de poids est un facteur péjoratif majeur.

 

  • Décompensation arthrosique et morphotype des membres inférieurs.

En cas de rupture du ligament croisé antérieur, un patient porteur de façon constitutionnelle d'un morphotype en genu varum présente plus de risques d'évolution arthrosique sur la partie interne du genou (contraintes mécaniques excessives). En revanche, un patient porteur d'un morphotype inverse (cheville extérieurement située par rapport au genou = genu valgum) sera relativement mieux protégé de l'atteinte arthrosique.

 

La poursuite d'activités sportives violentes comportant des prises d'appui sur le membre instable, avec changement brusque de direction expose à la reproduction des épisodes d'entorses. Ces lâchages articulations qualifiés par le patient de " petites entorses" aboutissent à une distension progressive de la capsule articulaire du genou et secondairement à l'atteinte cartilagineuse (gonarthrose).

Signes cliniques

a – Lésion aiguë.

 

L'interrogatoire rapporte les circonstances du traumatisme initial, souvent sportif. Ce premier épisode ayant abouti au positionnement du genou dans une situation extrême de VFE ( Cf chapitre évolution spontanée).

 

Le plus souvent le patient a ressenti un phénomène de craquement, une sensation de déboîtement ou de "décalage" latéral du genou suivi d'une "réintégration". Parfois, le blessé en voulant reprendre appui après l'accident revit une manifestation d'instabilité similaire.

 

La douleur d'intensité variable s'accompagne d'une sensation de chaleur intra-articulaire et de gonflement. Ce dernier peut être discret. Il ne sera alors constaté que dans les heures qui suivent le traumatisme. En cas de blessure sportive, l'intéressé est dans l'obligation de quitter le terrain. La boiterie est constante.

 

L'épanchement articulaire a pu être ponctionné. Un liquide hématique est alors très suspect de lésion ligamentaire.

 

L'examen local du genou confirmera la topographie de la douleur, l'épanchement articulaire ( hydarthrose ou hémarthrose). En l'absence de douleurs extrêmes, nous disposons de tests cliniques d'analyse ligamentaire déterminants ( pathognomoniques) quant à l'existence d'une lésion du ligament croisé antérieur. Il s'agit du test de "Lackman" ( étude du déplacement antérieur du tibia par rapport au fémur en extension ) ainsi que du "jerk-test" ou "pivot shift" (analyse de l'excès de mobilité de la partie extérieure du genou par rapport au compartiment interne). La recherche de ce second test reproduit la sensation d'instabilité ou de déboîtement que le patient a vécu lors de la constitution de la lésion. Le test est parfois difficile à reproduire en raison de l'appréhension qu'il suscite auprès du patient.

 

b- Lésion chronique

 

Dans cette hypothèse, l'examen clinique est généralement plus simple, la douleur étant moins intense. Le patient consulte pour un épisode d'entorse. En fait, l'interrogatoire permettra de rapporter cet épisode d'instabilité à un traumatisme initial parfois très ancien qui a même pu être oublié par le patient mais qui est indiscutablement le point de départ de la pathologie ligamentaire qui porte le blessé à consulter.

 

L'examen local permettra de positiver le test de Lackman ainsi que le jerk-test. Cet examen recherchera des signes de complication de la laxité chronique ( syndrome méniscal, lésions dégénératives débutantes).

Examen paraclinique des lésions ligamentaires du genou

- Un bilan radiologique conventionnel sera mis en œuvre pour analyser le morphotype ( genu varum, genu valgum) et pour rechercher des lésions arthrosiques débutantes.

 

- Un examen IRM pourra être prescrit si l'analyse clinique est rendue difficile, notamment en raison de l'intensité de la douleur ou du blocage partiel du genou. Cet examen a pour but de chercher des lésions méniscales associées à une atteinte cartilagineuse.

Évolution spontanée des lésions ligamentaire du genou

Il a été expliqué au chapitre anatomique les raisons pour lesquelles une rupture du ligament croisé antérieur expose le genou à une évolution néfaste par modification définitive et irréversible de la cinématique de l'articulation.

 

La vitesse de constitution des atteintes dégénératives en l'absence de traitement dépend des principaux facteurs étiologiques que nous avons mentionnés et surtout à la fréquence et à l'intensité des épisodes d'instabilité liées en particulier à la poursuite d'activité sportive inadaptée. Ces épisodes vont aboutir à une véritable "dislocation articulaire" sur le plan ligamentaire, rendant alors le traitement chirurgical qui aurait pu être envisagé au départ, inefficient ou même dangereux ( potentialise le risque arthrosique).

 

C'est dire qu'il est important de donner au patient une information claire et objective, tant sur le diagnostic que sur le pronostic de cette affection. Possédant cette information, le blessé fera son choix thérapeutique (traitement médical ou traitement chirurgical) en sachant que les chances de succès du traitement chirurgical s'amenuisent avec l'ancienneté de la maladie et l'apparition de lésions ligamentaires à distance.

 

Si une option chirurgicale est prise, dans l'attente de la réalisation du geste chirurgical, le patient devra éviter de soumettre son genou à d'autres épisodes d'instabilité en orientant notamment ses activités sportives. Ces dernières demeurent recommandées, particulièrement si elles ont pour but de retrouver la force musculaire du membre inférieur blessé.

 

Le traitement médical ne permet jamais de retrouver un genou stable au sens anatomique du terme. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faille intervenir sur l'ensemble des patients présentant une rupture d'un ligament croisé.

 

L'option chirurgicale sera fonction de la volonté du patient à reprendre son activité sportive favorite, du niveau de gêne fonctionnelle ressenti et, du potentiel d'évolution dégénérative à long terme.

Traitement chirurgical des lésions ligamentaires du genou

L'évolution de la connaissance de la cinématique du genou explique historiquement la multiplicité et la diversité des techniques chirurgicales proposées depuis près de 50 ans pour pallier aux ruptures du ligament croisé antérieur. Les techniques chirurgicales modernes sont de plus en plus univoques dans leurs principes. Le nombre d'interventions proposées s'explique par le choix de la greffe utilisée pour suppléer au ligament disparu. Nous rapporterons ici dans un souci didactique quelques points consensuels en matière de réparation du ligament croisé antérieur du genou.

 

En préambule, insistons sur l'information objective que le patient doit recevoir avant de subir une réparation ligamentaire (ligamentoplastie). Cette information devra englober un véritable " état des lieux " du genou blessé, tenant compte notamment du morphotype, du caractère isolé ou complexe de la rupture, des lésions méniscales ou cartilagineuses éventuellement associées, des contraintes mécaniques (surcharge pondérale ) ou sportives auxquelles l'articulation sera soumise. Le patient se verra expliquer la technique retenue par son chirurgien, les contraintes post-opératoires concernant l'incapacité professionnelle et sportive, la planification de la réhabilitation ( rééducation).

 

Informé par l'équipe soignante, le patient pourra ainsi prendre en toute connaissance sa décision.

 

Sans trop de risque, nous pouvons admettre qu'il existe une forme de consensus sur les points suivants en terme de chirurgie ligamentaire moderne du genou :

 

- Les sutures ou réinsertion des lésions ligamentaires fraîches du LCA ne donnent jamais de résultat satisfaisant en raison de la dévascularisation contemporaine du traumatisme initial lié aux conditions anatomiques du ligament croisé antérieur. Ces techniques pratiquées régulièrement il y a une vingtaine d'années sont quasi abandonnées.

 

- Les espoirs fondés sur les "ligaments artificiels " sont décevants. Ces implants ne s'approchent pas suffisamment de la texture et de la configuration du ligament naturel. Les ligaments artificiels sont exposés à des ruptures précoces en raison de leur rigidité. Il sont parfois à l'origine de réactions inflammatoires chroniques de la synoviale pouvant nécessiter une réintervention en vue de procéder à leur ablation.

 

- Le geste stabilisateur s'effectuera à distance du traumatisme initial dès lors que l'articulation aura trouvé toutes ses amplitudes, son environnement musculaire optimal et que les réactions inflammatoires liées au traumatisme initial se seront résorbées.

 

- Les greffes autologues ( tendon rotulien, DIDT) sont préférées aux ligaments artificiels en raison de l'absence de phénomènes de rejet et de leur bonne tolérance.

 

- L'arthroscopie semble le moyen le plus approprié dans la perspective de positionner de façon optimale la greffe dans l'articulation. Ce positionnement dit "isométrique" a pour but d'éviter une sollicitation anormale de la ligamentoplastie garant de la longévité de cette dernière. L'isométrie facilite la récupération des amplitudes grâce à une tension constante et non excessive de la greffe, de l'extension jusqu'à la flexion complète du genou. L'arthroscopie offre également l'avantage de soumettre l'articulation du genou à un bilan précis ( traitement de lésion méniscale ou cartilagineuse associée). L'endoscopie articulaire autorise la réalisation de ligamentoplastie par une chirurgie dite "mini-invasive" rendant les conditions plus favorables pour une récupération fonctionnelle rapide.

 

- Les dispositifs d'ancrage fémoral et tibial du néoligament sont le plus souvent résorbables évitant de ce fait la contrainte d'une éventuelle réintervention pour ablation du matériel de fixation.

 

- Dans certains cas de distension capsulaire et ligamentaire périphérique importante (laxité chronique ancienne) une plastie dite "extra-articulaire" sera associée à la réparation du ligament croisé antérieur dans l'articulation. Cette technique a pour but de limiter la mobilité anormale dans le compartiment externe et d'améliorer de façon significative le confort grâce à un gain de stabilité articulaire.

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Vue endoscopique : Lésions du ligament croisé antérieur

 

 

 

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Vue endoscopique : Ligamentoplastie de type Kenneth Jones

 

 

 

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Hébergement

Les techniques de ligamentoplastie conduites sous endoscopie ont permis de réduire de façon très significative les durées d'hébergement ( 2 à 3 jours). Les douleurs post-opératoires sont réduites par le caractère beaucoup moins invasif des techniques chirurgicales ( courte incision, sans décollement sous cutané). Ces techniques sont compatibles avec l'absence de drainage post-opératoire. De nombreuses équipes anesthésiques ont opté pour la réalisation de blocs tronculaires (cruraux) pour une prise en charge optimale de la douleur post-opératoire.

 

Certaines techniques sont compatibles avec un appui immédiat dans les suites, la déambulation s'effectuant aidée par des cannes anglaises pendant les deux premières semaines. L'utilisation d'une attelle amovible dépend des habitudes du chirurgien.

Indisponibilité et réhabilitation

En fonction de l'activité professionnelle exercée, l'incapacité temporaire totale varie en moyenne de 6 à 12 semaines.

 

- La conduite automobile peut intervenir au terme de la 3e semaine post-opératoire.

 

- La rééducation sera conduite quotidiennement pendant les 6 premières semaines. Les techniques chirurgicales mini-invasives en réduisant les phénomènes douloureux et les processus inflammatoires cicatriciels ont abouti à une simplification des procédures de rééducation. Cette dernière s'effectuera au mieux au cabinet du kinésithérapeute.

 

Le kinésithérapeute cherchera à retrouver de façon régulière et progressive les amplitudes articulaires en flexion pour aboutir idéalement à des amplitudes complètes en 6 à 8 semaines avec pour étape intermédiaire 80° de flexion à la 3e semaine, 110° à 115° au terme du 30e jour. Des postures seront réalisées afin d'éviter la constitution d'un flexum ( incapacité de retrouver l'extension complète du genou). Massages, physio et hydrothérapie auront pour objet de diminuer les réactions inflammatoires et d'aboutir à un relâchement musculaire facilitant le gain d'amplitude. La récupération de la force musculaire et des sensations proprioceptives s'effectue le plus généralement après le premier mois post-opératoire. Le kinésithérapeute expliquera à son patient les exercices à réaliser pluri-quotidiennement, à titre personnel, pour améliorer le verrouillage actif du genou, l'aisance à la marche, la stabilité articulaire subjective. Les acquis fonctionnels suivant peuvent être considérés comme témoins d'une évolution rassurante : abandon des cannes anglaises à la 2e semaine post-opératoire, marche sans boiterie au 30e jour, obtention de 80% de la flexion à la 6e semaine post-opératoire, absence de limitation en extension au 30e jour post-opératoire, reprise de la natation au 30e jour post-opératoire, pratique de bicyclette au 45e jour post-opératoire.

 

- La reprise de l'activité sportive est le plus souvent possible au terme du 2e mois post-opératoire. Cette activité sera sélective et progressive privilégiant dans un premier temps natation, bicyclette, footing en terrain régulier et stabilisé. Les sports comportant des changements de direction brusques en appui unipodal seront débutés dès lors que le blessé aura retrouvé l'essentiel de ses sensations proprioceptives et toutes les amplitudes. La reprise de la compétition intervient en moyenne et suivant le sport pratiqué entre le 3e et le 6e mois post-opératoire. Le volume de la masse musculaire du membre opéré est d'autant plus long à récupérer que la perte pré-opératoire était importante. La vitesse de récupération dépendra directement des efforts que l'opéré produira à titre personnel par la pratique des exercices qui lui sont enseignés par le kinésithérapeute. Un genou parfaitement stable sur le plan ligamentaire mais pour lequel l'enveloppe musculaire est insuffisante sera vécu par le patient comme étant plus ou moins instable. Le gain de force et de volume musculaire s'accompagnera toujours d'une amélioration de la stabilité subjective de l'articulation opérée.

Complications post-opératoires des lésions ligamentaires du genou

Les complications seront évoquées dans l'hypothèse d'une réparation ligamentaire effectuée dans un contexte de lésion isolée, notamment sans atteinte cartilagineuse associée.

 

Par ordre de gravité croissante , énumérons :

 

Un épanchement articulaire persistant :

Il peut générer des douleurs résiduelles, entraver la récupération des amplitudes en flexion. Cet épanchement s'intègre dans le cadre normal et habituel des réactions inflammatoires cicatricielles. Ces réactions disparaissent généralement au terme du 2e mois post-opératoire entraînant l'assèchement progressif de l'articulation Les épanchements les plus abondants qui limitent la flexion pourront faire l'objet d'une ponction évacuatrice. Dans certains cas l'épanchement articulaire peut durer plusieurs mois ( 4 à 6) faisant évoquer notamment des réactions d'intolérance aux matériaux de fixation de la greffe intra-articulaire.

 

Sensibilité et réactions inflammatoires sur la zone de prélèvement de la greffe : La chirurgie mini-invasive a largement limité la fréquence de ces symptômes qui dans les cas extrêmes pourront durer 8 à 12 mois . Ces réactions n'entravent généralement pas la poursuite d'une rééducation active. Dans le même ordre d'idée, la sensibilité cutanée sur la face antérieure du genou peut être ressentie pendant un an en particulier lors de la position d'agenouillement.

 

La raideur articulaire post-opératoire :

Complication rare si le genou a été parfaitement préparé à la ligamentoplastie et que celui-ci ne présentait aucune limitation des amplitudes avant l'intervention. Toutefois des douleurs post-opératoires chez des patients au tempérament anxieux peuvent retarder la récupération des amplitudes par rapport à la planification idéale. Dans ces cas, la rééducation sera poursuivie plus longuement en insistant sur les exercices d'étirement musculaire et de postures en extension comme en flexion forcée. Il est classique de considérer qu'à la date anniversaire de l'intervention les amplitudes non récupérées sont perdues définitivement.

 

La limitation de quelques degrés de la flexion n'entraîne pas de retentissement sur les performances sportives. En revanche, la conservation d'un petit déficit de l'extension (flexum), peut avoir des conséquences fonctionnelles aboutissant à l'interruption de certaines pratiques sportives.

 

Les raideurs post-opératoires sévères non compliquées de syndrome algodystrophique pourront nécessiter, dans de rares cas, un geste de mobilisation de l'articulation sous anesthésie générale afin d'aboutir à la rupture des adhérences cicatricielles qui sont à l'origine de cette raideur. Un tel geste permettra de conserver les amplitudes articulaires acquises que s'il est suivi d'une rééducation immédiate volontaire et active.

 

Le syndrome algodystrophique :

Il s'agit de l'apparition dans les semaines qui suivent l'intervention, de douleurs entravant le plus souvent la rééducation, générant de ce fait une limitation des amplitudes, parfois majeure. Le genou est chaud, la peau est hypersensible à la palpation. Le bilan radiologique peut objectiver des signes de déminéralisation spécifique, la scintigraphie confirmant l'hyperactivité osseuse par rapport au genou sain. L'incidence des syndromes algodystrophiques a été fortement limitée par l'absence d'immobilisation dans les suites opératoires. Toutefois, la survenue très imprévisible d'une telle complication va au mieux retarder l'obtention du résultat définitif et au pire aboutir à un genou ankylosé, douloureux, amyotrophique. peu résistant à l'effort,

 

Le traitement de l'algodystrophie demeure médical. Une intervention, même très à distance de la phase de guérison, reste aléatoire quant au résultat fonctionnel à escompter du fait du réveil toujours possible du syndrome algodystrophique.

 

Les douleurs post-opératoires persistantes :

Certains genoux peuvent demeurer douloureux très à distance de l'intervention et en l'absence de signes cliniques évidents de complications ( infection latente, algodystrophie, intolérance aux matériaux de fixation de la greffe, atteinte cartilagineuse d'un ou de plusieurs compartiments du genou). Ces cas rares posent le problème de la reprise des activités professionnelles ou sportives dans des conditions acceptables.

 

Les complications thrombo-emboliques :

Elles peuvent être observées dans toute chirurgie du membre inférieur. Les techniques chirurgicales modernes compatibles avec une prise d'appui immédiate dans les suites, avec l'absence d'immobilisation de longue durée en ont fortement limité l'incidence. Un traitement anticoagulant est systématique prescrit dans les suites. Ce dernier sera adapté en fonction des éventuels antécédents personnels ou familiaux du patient.

 

Les complications infectieuses:

Les arthrites septiques précoces post-opératoires sont de fréquence exceptionnelle. La fiabilité des procédés de stérilisation, l'utilisation des dispositifs à usage unique, la pratique de voies d'abord courtes et l'abondance des rinçages articulaires arthroscopiques sont autant de facteurs qui concourent à limiter les risques infectieux.

 

Les complications infectieuses sont souvent la conséquence d'un terrain prédisposant. Soulignons le rôle néfaste du diabète, d'une artériopathie sous jacente des membres inférieurs, de l'intoxiation tabagique chronique.

 

La survenue d'une telle complication engendre une prise en charge médicale lourde, parfois chirurgicale. Elle ternit constamment le résultat fonctionnel final.

Résultats

Si l'instabilité était associée à des épisodes de blocages liés à une atteinte méniscale, alors ces derniers disparaîtront en raison du traitement effectué lors du temps arthroscopique.

 

La réparation du ligament croisé déficient aboutira à la restitution d'un genou stable, c'est-à-dire à la disparition des épisodes d'insécurité qui ont motivé le patient dans sa démarche thérapeutique.

 

Il convient de rappeler que la stabilité subjective ne sera réellement recouvrée que lorsque le patient aura retrouvé une masse musculaire du côté opéré identique à celle qu'il possède du côté sain.

 

Si la plastie intra-articulaire n'a pas été positionnée de façon idéal, elle peut être soumise à des contraintes mécaniques anormales pouvant aboutir à sa distension, voire même à une nouvelle rupture. Un positionnement optimal du néoligament, conduit sous endoscopie, permet de limiter de façon majeure cette évolution fâcheuse.

 

Soulignons que la réparation d'un ligament n'exclut pas la survenue d'une rupture itérative, alors que la qualité de la ligamentoplastie était parfaite. En effet, un traumatisme appliqué au niveau de l'articulation opérée, de même nature que celui qui a provoqué le premier accident, aura bien évidemment le même effet sur la ligamentoplastie. Il ne s'agit pas alors d'un échec de la technique mais d'une circonstance étiologique malheureuse qui peut conduire à une ré-intervention.

 

Pour les patients sportifs, possédant une lésion ligamentaire isolée ou associée à de simples atteintes méniscales, le retour à la compétition sera possible. Ce retour à la pratique sportive sera d'autant plus rapide que la puissance musculaire du membre inférieur sera retrouvée. La motivation individuelle constitue un facteur déterminant quant à l'aptitude du patient à retrouver le niveau de performance avant la blessure.

 

Dans l'hypothèse où le résultat sur le plan fonctionnel serait considéré par le patient comme partiel, dès lors que le genou a retrouvé objectivement sa stabilité, il est logique d'espérer que le potentiel dégénératif à long terme sera réduit par l'intervention stabilisatrice subie.